LA GOUTTE-BERNARD.
3 m. Le voyageur qui descend de la Creuse vers les Chézeaux voit se dérouler devant lui un superbe panorama, coulée immense qui s’étend vers le Berry et d’où émergent, au milieu d’une mer de verdure, deux toits élevés couverts d’ardoise : l’un est le clocher des Chézeaux, l’autre le donjon de La Goutte-Bernard, exemplaire unique des petites forteresses qui jadis défendaient la Terre-aux-Feuilles. Ce fief qui relevait de Brosse, valait 6o l. de rente en 1552.
Depuis le XVe siècle, époque où La Goutte-Bernard a été constituée en fief, jusqu’à nos jours, ce donjon ne s’est transmis que par héritage aux mains des familles qui l’ont possédé ; il resta pendant trois siècles et demi la propriété d’une famille Martin, originaire, semble-t-il, des Chézeaux, qui a fourni des personnages remarquables.
Saint-Allais, sans indiquer ses sources, la fait remonter à n. h. Pierre Martin, tué dans les guerres de 1429, époux d’lsabeau de Bressy ; Léonard Martin, le constructeur du château, serait son fils.
Mais, d’après les documents que nous avons trouvés, le fondateur de cette maison est Léonard Martin, licencié en droit, que l’on rencontre tout d’abord comme notaire en la cour de Brosse ; le 26 fév. 1449 il prend à bail la seigneurie de Jançay ; c’est aussi devant lui que, le 20 mars de cette année (v. s.), est passé le partage de la succession de Raoul Pot, seigneur de Piégut. Le 14 mars 1457 (v. s.), comme héritier de ses père et mère, Pierre Martin et Catherine Daousteau, il baille à rente à Jean Marsault, alias de Mailhat, une maison Jean Bonnet, située auprès du logis de la vicairie des Chézeaux (9403).
C’était déjà sans doute un personnage important dans sa province, car dès le début de son règne, Louis XI, qui “ estoit naturellement amy des gens de moyen estat ”(Commines), l’attacha à sa cause en lui accordant en octobre 1462 des lettres de noblesse “en considération de sa vie louable, de ses mœurs honnêtes, de sa fidélité et autres vertus ” (Arch. nat., JJ, 198, fol. 378, n. 415).
En 1463, nous le trouvons sénéchal de la vicomté de Brosse pour M. de Chauvigny.
Durant les troubles qui ensanglantèrent les années suivantes
il continua ses services au roi qui le récompensa à nouveau
en lui octroyant la permission de construire un château-fort à
La Goutte-Bernard ; les lettres patentes étaient de 1472 ou 1474*.
* M Le Grand, archiviste aux Archives nationales, n’a pu nous
retrouver ces lettres dans les registres de la chancellerie. Leur date
exacte ne nous est du reste pas connue.
Les maintenues de noblesse de 1634 mentionnent “ la permission concédée
par le roy Louis onziesme de fortifier la maison de La Goutte-Bernard,
en date de l’an 1484, signée par le roy, Tillart, et scellée
du grand sceau de cire verte sur laye de soie verte et rouge. ” Un inventaire
des titres de la noblesse des Martin de Puyvinaud analyse “ les lettres
en forme de cachet données à Meaux au mois de juillet 1472
pour faire bastir la maison de La Goutte-Bernard avec toutes les fortifications
nécessaires ”. L’abbé Dufour et Saint-Allais datent ces lettres
de 1474.
La date de 1484 est manifestement inexacte, Louis XI étant décédé
en 1483.
Il mourut vers 1494* ayant été marié deux fois
à Catherine Agenette et à Louise Augustin ; le suivant est
du premier lit.
* L’abbé Dufour dit qu’il mourut en 1535 et qu’on voit
encore sa tombe portant cette date et ses armes dans l’église des
Chézeaux ; ou la lecture de cette date est inexacte ou cette tombe
ne le concernait pas.
Pierre Martin, bachelier ès lois, seigneur de La Goutte-Bernard,
mort en 1513, avait épousé en 1481 Jeanne Augustin, fille
du seigneur de Badecon ; de ce mariage vinrent Jean, qui suit, et François,
curé des Chézeaux.
Jean Martin, seigneur de La Goutte-Bernard, était en 1513 homme
d’armes des ordonnances du roi sous la charge du seigneur d’Ars. En cette
qualité, il prit part “ ès conquestes des villes et païs
de Millan et delà les Mons, et depuis a esté continuellement
ès armées des païs de Guienne et de Bourgogne ”. Il
avait épousé Catherine Faulcon, dame de Salles et de Chassenon
en Angoumois.
Le 14 mai 1522, il délimitait avec Marguerite de Bridiers, veuve
de Raoulin de la Celle, seigneur de Jançay, les bornes litigieuses
de leurs seigneuries : le village du Puys, paroisse de Saint-Sulpice, reste
au premier et la maison de la Corne de Cerf à la dame ; ils indiquent
ensuite les confrontations de la seigneurie du Bois-Robin (9403).
A la même époque, il avait des difficultés avec
Philippe Pot, trésorier de la Sainte-Chapelle, seigneur des Chézeaux,
au sujet de sa garenne. Pot prétendait que possédant déjà
et d’ancienneté une garenne dite de Saint-Vaury ou des Chézeaux,
joignant la garenne que Martin avait fait établir, celui ci avait
outrepassé ses droits ; à quoi Martin objectait que La Goutte-Bernard
étant un lieu noble, il était fondé d’avoir garenne.
Pour supprimer toutes difficultés à l’avenir Pot lui céda
la sienne (9403).
Le 4 Fév. 1527 (v. s.), Il conférait à Fiacre Regnaud,
prêtre, la vicairie perpétuelle établie à l’autel
de Saint-Pierre dans l’église de Chassenon dont le droit de présentation
lui appartenait comme seigneur de Salles.
En 1532, il plaidait encore à Montmorillon avec les Pot qui
lui contestaient son droit de tombeau dans l’église. il mourut entre
1540 et 1542, laissant Léonard, suit ; François, tige des
seigneurs de Puyvinaud ; René, curé des Chézeaux,
etc.
Léonard Martin, seigneur de La Goutte-Bernard, figure dans une
“monstre et revueu faicte en armes à Anjac sur Charante en Poictou
le 9e jour d’octobre l’an 1548 de la compagnie du duc de Montpensier ”.
De ce document, il ressort qu’il avait servi pendant 3 mois et 15 jours
comme archer à la grande paie à 10 l. par mois, puis, pendant
le même temps, comme hommes d’armes à la petite paie à
raison de 15 l. par mois*.
* Arch. Hist. du Poitou, t. XXXI, p86
Il s’attacha au service du duc de Montpensier, son suzerain, comme vicomte
de Brosse, et des certificats nous le montrent faisant partie de sa compagnie
en 1555, 1560, 1562, 1563.
En 1564, il obtenait du roi Charles IX des lettres à terrier
pour La Goutte-Bernard, la plupart de ses rentes et cens n’étant
plus payés “à cause des guerres, divisions, mortalité,
accidens de feu ès papiers terriers ”.
En mars 1568, se rendant au camp du duc de Montpensier, il fut atteint
à
Barrou en Touraine “d’ung rume qui luy seroit tombé sur le visage
du cousté droict qui luy auroit causé une fièvre et
il dut s’arrêter dans l’hôtel noble de Rigne : le 16 mars,
alité depuis huit jours, il faisait constater sa maladie par notaire
en présence d’Etienne Godin, docteur en médecine à
Argenton, Philippe Chanoyne, apothicaire au Blanc, Pierre de Loubbes, commandeur
de Chambéry, et Nicolas Cuisinier, receveur de Rigne.
Cette maladie obligea ce valeureux soldat à abandonner le service
du duc, qui, en le quittant, reconnut par un certificat élogieux,
les continuels services qu’il avait rendus “aux deffunctz roys Françoys
premier, Henry et Françoys deuxiesme et au roy monseigneur présentement
régnant, en estatz et place d’archer et gendarme de notre compagnie
depuis vingt neuf ans, sans en avoir jamais esté cassé, failly
de se trouver aux camps, armées, sièges et garnisons où
lad. compagnie a esté, ne faict acte en icelle qui soit autre que
d’homme de bien et de vaillant, obéissant, bien advisé et
expérimenté gentilhomme, pour toutes lesquelles vertuz il
mérite tout faveur, honneur et gratification ”.
Malgré sa vie aventureuse, il avait trouvé le temps de
fonder une famille en épousant, le 16 janv. 1555 (v. s.), Françoise
de Chamborand, fille du seigneur de Droux. Il mourut en 1586, laissant
Jean, qui suit ; Charles, seigneur de la Ménardière et de
la Rochepot, époux de Silvaine Lamoureux, auteur de la branche de
Marolles, encore existante en Berri, etc.
Jean Martin, seigneur de La Goutte-Bernard, fut attaché, dès
son jeune âge, à la personne du duc de Montpensier, qui lui
délivrait un passeport, le 28 mars 1575, pour aller de Paris en
sa maison, “ luy quatriesme et quatre chevaulx, sans que pour raison des
harquebuzes, pistolets et autres armes qu’il portera ou fera porter pour
tuition et défense de sa personne, il lui soit faict aucun trouble
”.
Par lettres du 17 janvier 1579, le duc d’Alençon, frère
du roi, défenseur de la liberté des Païs-Bas, le nomma
capitaine de 200 hommes d’armes à pied français, sous la
charge du seigneur de Neuville ; en cette qualité, il l’accompagna
dans sa campagne de Flandres.
La même année, sans doute sur la recommandation du duc,
le roi lui confia une mission auprès de la reine Elisabeth d’Angleterre,
pour laquelle il obtenait, le 17 juillet 1579, à Anvers, un passeport
signé du prince d’Orange.
La valeur militaire de La Goutte-Bernard était apprécié
de tous les capitaines catholiques ; la lettre suivante du duc de Montpensier
montre en quelle estime celui-ci le tenait :
“ Monsieur de La Gouttebernard, je désire d’assembler, suyvant
le commandement que j’ay du roy, ma compagnye pour son service et pour
la rendre belle serai très ayse pouvoir estre assisté et
accompagné d’un bon nombre de mes amys affin de pouvoir mieulx et
plus aisément exécutter ce que Sa Majesté me voudra
ordonner et commander. Et d’autant que je scay que m’avez tousjours porté
bonne volonté et désiré le bien de mes affaires, ay
bien voulu vous faire ce mot et prier vouloyr estre de la partie. Et, si
ainsy est, vous tenir prest de monter à cheval quant il plaira à
sad. Majesté de le m’ordonner, dont je vous tiendray adverty et
croiez que si, en ung si bon œuvre, je reçois quelque bon office
de vostre part, je n’en seray jamais ingrat, mais le recougnoistray où
l’occasion s’en offrira en sorte que demeurerez content et satisfaict,
ainsy que plus amplement vous pourrez entendre, si vostre commodité
permet de parler au seigneur de La Garde-Giron*, auquel j’ay déclairé
mon intention qui me gardera de m’estendre par ceste-cy plus avant, que
pour prier Dieu vous donner, Monsieur de La Goutte Bernard, ce que plus
désirez.
Votre entièrement bon amy,
A Champigny ce XIXe jour d’avril 1586.
François de Bourbon ”
* Hardouin Martel, seigneur de la Garde-Giron, gentilhomme de la chambre du roi, chambellan du prince de Condé.
L’année suivante, les environs de Saint-Benoît furent mis
à feu et à sang : le 11 déc. 1587, le maréchal
de La Chatre écrit au roi "que l’alarme est fort chaude du
côté d’Argenton, les ennemis y ayant 1500 à 2000 hommes
de pied qui courent à travers la campagne et ruinent tout. Lorges
est à Saint-Benoît avec Saint-Germain-Beaupré et 300
chevaux ; ils attendent Charbonnières et Leborris*".
* Cf. Correspondance du maréchal de La Chastre, publiée
par M. Beaudouin-Lalondre, dans le Bulletin de la Société
historique du Cher, 1893-1895, p. 31. Les lettres ci-après ne s’y
trouvent pas.
En prévision de visites fâcheuses, La Goutte-Bernard s’était
fait délivrer le 12 décembre, par Lorges, déjà
à Saint-Benoît, des lettres de sauvegarde pour ses propriétés.
En 1588, le roi le déchargea du service de ban et d’arrière
ban, "considérant qu’il nous a, en l’armée par nous naguère
conduite, faict service durant trois mois en équipage d’armes et
de chevaux comme volontaire en la compagnie du marquis d’Allègre".
Le 23 mai 1587, il avait épousé Françoise d’Aubusson,
veuve de Jean-Marc du Pouget ; devenu veuf, il se maria en secondes noces,
en 1603, à Lucresse de La Touche, veuve de Gabriel de Chamborand,
dont il n’eut pas d’enfant. Du premier lit vinrent Louis et Annet qui suivent
; Anne, femme de Mathurin de Saint-Aignant, Seigneur de La Gastine et de
Lizière, et Françoise, religieuse.
Louis Martin, seigneur de La Goutte-Bernard, avait été
pourvu par Henri IV de la charge de gentilhomme ordinaire de la chambre.
Le 19 oct. 1610, Henri d’Aiguillon, duc de Lorraine et grand chambellan
de France, le confirme dans cet office, tant pour les services rendus au
feu roi que pour ceux qu’il rend actuellement.
Louis et son frère furent, comme leurs ancêtres, de vaillants
soldats ; le maréchal de La Chastre, gouverneur de Berri, prisait
fort leur courage ; il les choisit tout particulièrement pour l’accompagner
avec l’armée que, en qualité de lieutenant-général,
il conduisait au pays de Juliers, leur écrivant:
Messieurs de La Costebernard, les sieurs de Fins et de Pernac* m’estant
venus veoir, je les ay priéz de vous faire tenir ceste lettre pour
vous donner advis que ma compagnie fera monstre dans peu de jours et pourceque
ce ne sera qu’en robbe, mes compagnons n’employeront point leur argent
à faire leurs équipages pour ce coup.
* Claude de Vilaines ou Jacques de Gibau, seigneurs de Fins ;
François de La Marche, seigneur de Parnac.
Je vous diray qu’au voyage de Julliers, il s’en trouve beaucoup plus
qu’il ne m’en falloit et ay esté contraint d’en retrancher une quantité,
j ‘ay désiré toutefois vous retenir et vous en advertir pour
savoir si vous désirerez y estre continuéz et que vous, ou
l’ung de vous, vienne quérir votre argent qui est prest à
toucher entre les mains de mon trésorier.
Si vous n’y pouviez venir, vous envoyeriez quelqu’un de vostre part
avec procuration pour recepvoir et donner vos acquitz. N’estant la présente
à aultre effect, je me recommande sur ce affectionnement à
voz bonnes graces et prie Dieu de vous donner, Messieurs, en santé,
bonne et longue vie.
Vostre affectionné amy, LACHASTRE.
De la Maisonfort, ce premier de mars 1612.
A Messieurs de la Costebernard, hommes d’armes de ma compagnie.
L’année suivante, il les mandait pareillement auprès de lui:
Messieurs, j’ay aujourd’huy reçeu une dépesche de la royne
par laquelle S. M. m’ordonne de mettre ma compagnie sur pied et de la rendre
preste à marcher ou elle sera commandée dans le vingt cinquiesme
jour du présent mois. C’est pourquoy j’ay donné le rendez-vouz
pour faire la monstre à Dun-le-Roy sur le bord de mon gouvernement
de Berry, où je vous prie de vous rendre avec vos armes et chevaulx
dans led. jour du 25 et n’oubliez pas la charrette ou les chevaulx de bagage
Advertissez aussi ceulx qui sont de vos compagnons et environs de vous
et de moureray, Messieurs, vostre affectionné et bon amy.
LACHASTRE.
De Nouan, le 4e jour de juin 1613.
A. Messieurs de la Goustebernar, hommes d’armes de ma compagnie.
Une lettre qu’il écrivait à son voisin, Gabriel Foucault, seigneur de Saint-Germain-Beaupré, sans doute après l’abjuration de celui-ci, car tout porte à croire que les La Goutte-Bernard ne furent pas protestants, nous édifiera sur son caractère fier :
Je suis bien marri de n’être céans quand vous me fites
l’honneur de m’écrire. Je crois que vous verrez bientôt M.
de Noue, qui, de vive voix, vous entretiendra du sujet que vous savez.
Je me ressens fort du soin qu’avez donné à mes affaires.
Il n’y a que cinq jours que nous sommes revenus de Poitiers ou madame de
Fors et ta famille ont tant fait qu’ils nous ont sorti de cette maudite
affaire. Je ne puis deviner qui c’est qui m’en veut et vous supplie, si
vous en apprenez davantage, m’en faire part. Au pis aller, ils trouveront
l’hôte au logis, fort résolu de faire ce qu’il faut qu’un
homme de cœur et de bien fasse. Usez, Monsieur, de la puissance que vous
avez sur moi*.
* Abbé RATIER, Le Château de Saint-Germain-Beaupré,
p. 98 ; lettre non datée mais postérieure à 1624,
abjuration de Foucault.
Louis, qui avait été reconnu noble le 26 mai 1634 par
les élus du Blanc, avait épousé en premières
noces, Silvie de Benoist par contrat du 20 août 1603 ; en secondes
noces, il se maria à Louise Posson ; il fut inhumé le 22
février 1665 dans l’église des Chézeaux, à
l’âge de quatre-vingt-deux ans.
Louis Martin, baron de La Goutte-Bernard, et de Neuvy-Saint-Sépulchre,
son fils, décéda avant lui, sans laisser d’enfant de Charlotte
du Mont.
Par testament du 12 avril 1664, son père légua ses biens
à Louis, petit-fils d’Annet, seigneur de Chassenon et de la roche
de Mouhet.
Louis, seigneur de la Roche-de-Mouhet, puis de La Goutte-Bernard, fut
officier au régiment d’Auvergne ; de son union contractée
le 30 novembre 1662, avec Gabrielle de Saint-Aignan de La Gastine, vinrent
: Louis, suit ; Joseph, seigneur de l’Ajonc et de la Roche de Mouhet,
qui eut postérité ; Pierre, seigneur du Peudemont, né
le 30 août 1673, qui épousa le 30 juil. 1703, Marie Trébilhon,
fille de l’huissier des Chézeaux. Il fut dans la suite lieutenant
de gabelles, puis officier ; Louis décéda le 28 déc.
1679.
Louis Martin, seigneur de La Goutte-Bernard, né le 8 juil. 1669,
fut inhumé dans sa chapelle de l’église le 8 mars 1707 après
avoir épousé en 1702 Marie de La Celle ; d’où Jean
et Silvine, née le 6 janv. 1703.
Jean Martin, seigneur de La Goutte-Bernard et de Bois-Robin (27 juil.
1706 † 7 fév. 1759) laissa de Renée de Larie épousée
en 1726 : Jean-François, lieutenant au régiment de la reine
; Joseph, né le 27 fév. 1732, chanoine de Chartres ; Antoine,
qui suit ; François-Joseph, garde du corps du roi ; Marie-Silvie
mariée à N. Crarmouzeau et Rose, née le 25 mars 1745,
mariée à Goguyer de la Lande.
Le 12 juin 1755, il partageait avec ses co-héritiers la seigneurie
de La Roche de Mouhet indivise avec la branche de Peudemont.
Antoine Martin de La Goutte-Bernard, seigneur dudit lieu et de Bois-Robin
(20 juil. 1736 † 26 nov. 1827), épousa par contrat du 22 mai 1759
Françoise Bigot du Puy de Sepmes ; ses enfants sont : François,
garde du corps, émigré tué à Quiberon ; Jean,
qui suit ; Jacques-Charles (23 déc. 1760 † 1810) ; Silvie-Aimée
et Marie-Anne, religieuses ; Marie-Anne-Marguerite (21 déc. 1767
† 9 déc. 1834), mariée en 1811 à Antoine de Fougières.
Antoine, Agé au moment de la Révolution, n’émigra
pas ; dans une dénonciation faite au district du Dorat le 1er avril
1793 il est accusé d’avoir tenu des propos contre-révolutionnaires
à un métayer ; "les scélérats qui sont à
la Convention, lui aurait-il dit, et ces gueux de bourgeois seront bientôt
anéantis ; ne soyez pas inquiet, ce n’est pas à vous à
qui nous en voulons, les campagnes et les petites paroisses ne sentiront
aucunement l’effet de notre fureur, mais je vous promets que, sous peu
de temps, les villes et les gros bourgs seront réduits en cendres"
; il lui annonça en outre que les armées avaient passé
le Rhin en deux endroits différents.
A la suite de cette dénonciation, le district fit comparaître
le 2 le métayer qui reconnut l’exactitude de ces propos ; en conséquence,
ordre fut donné à la garde nationale du Dorat de se saisir
de La Goutte-Bernard (L-549).
On trouve dans le registre révolutionnaire des Chézeaux
le procès-verbal de son arrestation et aussi celui de son évasion,
car, profitant d’un moment d’inattention de ses gardiens, il se sauva ;
repris quelques jours après à Pouligny, district du Blanc,
il fut incarcéré à Limoges avec sa femme, un de ses
fils et sa fille qui avaient été arrêtés comme
complices. Ils furent élargis dans la suite.
Jean Martin de La Goutte-Bernard baptisé à Mouhet le
13 août 1774, émigra en 1791, et fit campagne à
l’armée des Princes ; puis il entra en 1795 au service de l’Angleterre
et en 1796 s’embarqua pour les Iles-sous-le-Vent où il prit part
à toutes les expéditions ; nommé capitaine au 8e régiment
des Indes Orientales, il fut attaché comme adjoint au quartier-maître
général. Il rentra en France en 1816. Pendant la durée
de son séjour à l’étranger il abandonna son nom et
ne fut connu que sous celui de John Lagoutte ; en 1825 et 1829, il dut,
pour prouver son identité, produire des actes de notoriété
signés du contre-amiral du Castenet, du comte de Marans, maréchal
de camp, et de nombreux émigrés qui certifièrent qu’il
y avait identité entre Jean Martin de La Goutte-Bernard, "et l’individu
qui, pendant plus de dix ans, a servi en qualité de capitaine au
8e régiment des Indes Orientales de S. M. Britannique sous le nom
de John la Goutte". Il avait épousé à Port d’Espagne,
île de la Trinité, Marie-Anne-Adélaïde Maillard,
d’où Caroline 16 sept. 1807) et Charles (4 août 1812) ; ce
dernier marié à Alix Le Bègue de Germigny, ne laissa
que deux filles, dont Madame la comtesse de Kerninon, qui, avec une rare
obligeance, a bien voulu nous envoyer en communication ses papiers de famille,
où nous avons puisé presque tout ce qui précède.
La terre de La Goutte-Bernard fut, dans les partages, attribuée
à Mad. de Fougières, et elle est encore possédée
par sa petite-fille, Mad. de La Tour du Breuil, née de Fougières.
Le château de La Goutte-Bernard, construit, avons-nous vu, vers
1475, reproduisait, dans son état primitif, le plan de celui de
Rhodes, mais en plus petit : deux ailes inégales se rejoignant à
angle droit, avec, au point de jonction. une grosse tour carrée,
donjon renfermant l’escalier ; la plus grande des deux ailes était
flanquée de deux tours rondes ; en 1848 la tour N.-E. a été
démolie et remplacée par une autre de même forme à
fenêtres ogivales et en 1856 on a élevé le bâtiment
du sud qui est orné de deux tourelles en encorbellement (Cf. Manuscrits
de l’abbé DUFOUR).
Le donjon, découronné, au moment de la Révolution,
à hauteur des mâchicoulis, a été depuis exhaussé
en briques. Au-dessus de sa porte, on voit un écusson rapporté
à une date récente, qui renferme les armes des de Fougières
écartelées de leurs principales alliances ; il se blasonne
parti de trois et coupé d’un au 1, à 3 pointes (de Fougières)
;au 2, une bande (de Menou) ; au 3, deux savattes ; au 4, une bande (de
Bridiers) ; au 5, trois tours, 2 et 1 ; au 6, trois maillets, 2 et 1 (Martel)
au 7, une croix potencée chargée de 7 coquilles ; au 8, trois
merlettes ; sur le tout l’écu des de Fougières qui portaient
d’or au chef de gueules emmanché de trois pièces.
L’ensemble des bâtiments de La Goutte-Bernard formait autrefois
deux cours ; l’une était extérieure au château proprement
dit ; on y accédait par deux portes en plein ceintre qui devaient
donner sur des douves ; au-dessus de la grande se trouvait un écusson
parti avec d’un côté la fasce ondée des Martin et de
l’autre la croix des d'Aubusson ; elle remontait donc au XVIe siècle
Reconstruite au siècle dernier elle montre l’écusson des
de Fougières ; la petite porte a conservé la fasce des premiers
seigneurs.
Le corps de logis formait avec d’autres murailles une seconde cour
intérieure dans laquelle on entrait par une porte cintrée.
A l’Ouest se trouvait une petite chapelle qui renfermait des fresques.
Le plan que nous venons de tracer se retrouve dans l’aveu rendu le
23 janv. 1572 par Léonard Martin ; nous y rencontrons aussi la consistance
de la seigneurie.
Le seigneur dit tenir du vicomte de Brosses le fief noble de La Goutte-Bernard
"composé d’un corps de logis à trois grosses tours avec machecoulis,
bien percées et garnies de canonnières, renfermé de
haultes murailles et deux tours aux deux coings de la basse-court dud.
chastel ; en laquelle basse-court y a une chapelle ; ung portal maschonné
à l’entrée de la dite basse-court fait pour luy servir à
ung pont-levis et des foussés autour de ses murailles par dehors
plus ung colombier ; ung jardin devant le chastel garni de haultes murailles
et garnie de quatre tours". Il possède aussi la maison de la Chaume
Bastetaud ; deux étangs de la Jalleterye; le moulin bannier de Puyspithon
avec droit de contrainte sur les hommes de la seigneurie ; la grande dîme
Bastetaud sur Virvalais, Cheugé, le Peu de la Boche et partie de
La Valette ; moitié indivise des dîmes de Brelande et de la
Botinotière ; dans tous ces villages chaque feu doit au seigneur
une poule annuelle à cause de la dîme de rabbes ; il a de
plus des rentes féodales et des vinades sur Fant, Les Servantières,
Les Minardières, Les Grands Moulins, Ratenon, Le Genest, etc...