La chapelle de Saint-Eutrope, qui se dressait sur la place des
Chézeaux, avait, d’après un plan de M. Dufour, une forme
rectangulaire ; elle mesurait 21,75m sur 9,60m. L’autel était à
l’Est. Derrière lui se trouvait une grande fenêtre de style
ogival flamboyant ; les autres fenêtres, au nombre de 6, de même
que les deux portes étaient en plein cintre : la grande porte était
à l’Ouest ; la petite au Nord. Le clocher à 6 ou 8 pans était
identique à celui de Saint-Georges ; il renfermait une cloche enlevée
en 1793 ; les voûtes étaient lambrissées. Cette chapelle
est mentionnée dès 1422.
Sur la place, on voit encore une ancienne tombe sculptée qui
provient de cette chapelle ; elle porte une croix ancrée placée
à l’extrémité d’une longue tige ; à droite,
se trouve une fleur de lis élancée ; à gauche, une
épée courte dans son fourreau avec une garde volumineuse.
La dévotion à Saint-Eutrope était fort ancienne
aux Chézeaux, car au XIVe siècle une assemblée se
tenait le jour de la fête de ce saint ; elle s’est du reste continuée
jusqu’à nos jours ; de plus, nous avons dit plus haut, que le bourg
avait, au XVe et XVIe siècles porté le nom de Saint-Eutrope-des-Chézeaux.
Tous les ans, au 1er mai, les bestiaux amenés autour de cette
chapelle y recevaient la bénédiction. Au XVIIIe siècle,
nous avons vu qu’elle servit d’église paroissiale ; c’est aussi
dans ses murs que se tinrent les assemblées révolutionnaires.
Elle fut sans doute construite par les seigneurs de Chézeaux,
plus tard seigneurs de Rhodes ; en parcourant les registres d’état
civil, on remarque que les inhumations y furent fort rares.
Cette chapelle fut vendue comme bien national à Antoine Betolaud,
notaire à Saint-Benoit, qui la lit démolir.
Une vente du 6 mai 1521 mentionne une maison au bourg joignant le grand
chemin de Saint-Benoit à Limoges, le cimetière Saint-Eutrope
et le chemin par lequel les “ peilleurs ” font de jour en jour la procession
(9396). A quelle ancienne coutume de cet acte fait-il allusion ? c’est
ce que nous ne saurions dire ; nous ferons toutefois remarquer l’analogie
que présente ce nom avec les mots “ peille ” et “ peillereau ”,
qui, dans le patois des Chézeaux, signifient chiffon et chiffonnier.
Les chiffonniers étant, la plupart du temps, des mendiants, on est
tenté d’identifier ces peilleurs avec les lépreux de Lussac,
dont nous parlons plus loin, qui quêtaient la laine, le chanvre,
par le pays, et étaient les hôtes assidus des lieux de dévotion.
Un oratoire est mentionné en 1478, joignant le chemin
de la chapelle Saint-Eutrope à La Goutte-Bernard, près du
chemin tendant de cette chapelle à Bonneuil*.
* Au cadastre, on relève une croix de Saint-Eutrope à
l’embranchement du chemin des Chézeaux à Boismandé
et des Chézeaux au Bost.