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LA NAISSANCE
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Un certain nombre de ces vieilles légendes ont été
contées par Marie-Anne Desgouges, décédée à
Saint-Sulpice en 1901, à l’âge de 67 ans ; elle les tenait
de sa grand-mère qui lui disait : « Je te conte ceci, pour
que tu le conserves dans ta mémoire » Celle–ci les avait apprises
d’une vieille femme, morte à l’âge de 100 ans qui ne se nourrissait
que de bobines ; elle avait les ongles si longs qu’elle ne se servait ni
de cuillers ni de fourchettes.
Accorder à des actes ou à des moyens futiles une vertu
extraordinaire était un des côtés les plus curieux
du caractère de nos aïeux qui avaient le goût, et en
même temps la peur du merveilleux : ils en voyaient partout.
Ils avaient ainsi réuni un véritable code de pratiques
généralement bizarres, souvent restes des anciennes religions,
qu'ils transformaient oralement de génération
en génération : elles prenaient l’homme à
sa naissance, présidaient à toutes les actions de son existence
et l'accompagnaient jusqu’à la mort.
L’émigration, l’instruction en ont fait disparaître
un certain nombre, mais beaucoup sont encore utilisées, plus par
routine ou respect de préjugés reçus dès l’enfance,
que par intime conviction.
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| LE MARIAGE | retour |
| LA MALADIE | retour |
La coqueluche ne résistait pas à
l’application, sur le cou du patient, d’un pochon de poils de bouc.
Un pigeon éventré vif et posé
sur la tête guérissait la méningite.
Le mal aux reins disparaissait en se chauffant
au feu de la Saint-Jean ou par frottements d’herbes de Saint-Jean.
Un crapaud placé sous le lit était
efficace contre nombre de maladies.
Pour l’érysipèle, un enduit de
bouse de vache était très recommandé.
Le sang d’anguille faisait disparaître
les verrues.
A Arnac, quand un enfant avait la colique,
on allait le rouler sur la tombe du curé Plaignaud. Cette coutume
remonte, paraît-il, à "l’énnade de la pore" (année
de la peur, 1789).
Pour se préserver de la morsure des serpents,
il suffisait de mordre dans la première fougère qu’on rencontrait
au printemps, puis de cracher la tige détachée en la faisant
passer par-dessus l’épaule.
Il existait aussi des prières en
patois, que nous n’avons pu nous procurer, elles sont gardées précieusement
par ceux qui les connaissent. Elles servaient pour relever l’estomac, faire
passer la tache de l’œil, guérir la gale, la pouche (toux), la roumelle
(enrouement), etc… D’autres étaient aussi employées
pour traiter chez les animaux le mal de la rave (enflure).
Pour la tache, de nombreux
procédés étaient préconisés ; en voici
deux : on faisait brûler un morceau de linge blanc dans une assiette,
puis quand il était réduit à l’état de charbon,
on crachait dessus un grain de sel qu’on avait dû auparavant se mettre
dans la bouche ; on appliquait le tout sur l’œil.
Pour l’autre, il fallait aller trouver la
femme qui avait le don, pendant neuf jours avant le lever du soleil et
à jeun ; elle soufflait trois fois dans l’œil et faisait des passes
avec les mains.
Les enfants dans leur jeune
âge, sont sujets à de nombreuses maladies dont les causes
sont souvent difficiles à discerner ; si la science de l’homme
de l’art était en défaut, celle des commères n’était
jamais à court : elles vous indiquaient que l’enfant était
atteint du mal d’un saint et qu’il fallait le conduire à un des
pèlerinages du pays ; le plus difficile était de connaître
le nom du saint qui importunait si vilainement l’enfant ; une opération
bien simple allait vous le donner. Vous preniez la chemise de l’enfant,
vous découpiez dedans autant de morceaux qu’il y avait de saints
suspects, puis vous leur donniez à chacun le nom d’un des
saints. Vous étaliez chaque morceau sur l’eau d’un vase : le premier
qui s’enfonçait vous donnait la solution du problème ; le
nom du saint porté par le morceau était celui que vous cherchiez.
(Cf
le conte: "Le pèlerinage marchois").
Saint-Etienne de Lussac était un
des plus renommés de la contrée ; Robert du Dorat nous apprend
qu’au XVIIè siècle, on s’y rendait pour les maux de tête,
les maladies de l’estomac et des reins. Conduire l’enfant à
ces dévotions s’appelait l’arranter. Une fois ne suffisait pas,
il fallait l’y ramener trois fois ou y envoyer un remplaçant, sinon
on lui faisait attraper le mal de Lussac. Quelques jours avant la
Saint Etienne, les « billons » de Lussac passaient par le pays
et se chargeaient de représenter les enfants, moyennant finance.
A Mailhac, le jour de la fête patronale, les femmes de ces
billons vendaient des cordons terminés par des houppettes et ornés
de perles de couleurs ; on les passait au cou des enfants et ils les préservaient
des chiens enragés.
| LA MORT | retour |
Quand il y avait un mort dans une maison,
il ne devait pas y entrer une goutte de lait car l'âme du défunt
s’y serait noyée ; c'étaient les voisins qui allaient traire
les vaches et qui emportaient le lait chez eux.
Il était aussi d’usage de mettre les ruches
en deuil.
| LES FETES | retour |
- Carnaval :
C'était une grande fête, jadis,
pour les villageois car c’était un des rares jours de l’année
où ils mangeaient de la viande et du pain blanc, en buvant du vin
sucré.
Le lendemain, les garçons se rendaient
à la porte de l’église, à la sortie de la messe, avec
une charrette ou un tombereau qu’ils tiraient à
bras et, de gré ou de force, y empilaient les filles, qu’on promenait
jusqu’à extinction de forces ; la promenade s’achevait au
milieu d’une mare où contenant et contenu étaient basculés.
Dans la journée, les garçons se
mettaient à l’affût dans le village et, dès qu’une
fille était signalée, ils la saisissaient et la portaient
sur un tas de fumier, tandis qu’ils criaient « Au reste ! ».
Pour être délivrée, la fille devait répondre
: « Si je suis restée, ce n’est pas de ma faute, c’est que
je n’ai pas trouvé ! »
- Le 19 mars:
A la Saint-Joseph, jour du mariage des oiseaux,
on cachait dans les buissons des gâteaux ou des œufs peints qu’on
faisait chercher aux enfants.
- Les Rameaux :
Ce jour était la fête des enfants
et des morts : singulier contraste ! Aux premiers, on donnait des branches
de buis auxquelles étaient attachés des gâteaux de
forme particulière et diverses friandises. Pour les autres, il y
avait, à la suite de la messe où l’assistance était
toujours la plus nombreuse de l’année, une procession au cimetière
après laquelle les femmes manifestaient bruyamment, sinon sincèrement,
leur chagrin ; c’était là le vrai jour des morts.
Le dimanche des Rameaux, tout le monde mange
« une cornue », sorte de gâteau triangulaire rappelant
un Y.
Des archéologues ont vu dans l’adoption de cette forme singulière
un reste des hommages que rendaient les peuples de l’Inde, les Egyptiens,
les Grecs, les Celtes et les Romains au principe général
de fécondité qui se développe au printemps. D’autres,
plus pudiques, y voient la reproduction en pâtisserie, des pommes
de pin qu’on mettait autrefois, prétendent-ils, aux rameaux
pour les orner.
Une recommandation : il faut présenter
soi-même son rameau à la bénédiction, car donner
du buis bénit porte malheur au donateur comme au donataire.
- Le Jeudi Saint:
On emportait à la messe un pain plié
dans une serviette qu’on faisait bénir ; cet usage s’est encore
conservé à Arnac.
On ne doit pas lier les bêtes du Jeudi
Saint au Samedi Saint.
- Pâques :
Manger le jour de Pâques un œuf pondu le
Vendredi Saint avec un morceau de pain bénit préservait de
la morsure des serpents.
Ce même jour, muni d’eau bénite,
chaque propriétaire portait un brin de buis bénit le jour
des Rameaux dans chacun de ses champs ; il le plantait en terre et l’aspergeait
d’eau bénite ; cette coutume avait pour but d’écarter l’orage
et la grêle. A la moisson, la jeune fille qui, en coupant
le blé, trouvait le brin de buis, se mariait sûrement dans
l’année. D'ailleurs, le jour des Rameaux, on reconnaissait
les gros propriétaires à leurs volumineux paquets de buis.
- L’Ascension :
Le jour de l’Ascension, on allait chercher les
nids et on faisait dans les champs une omelette avec les œufs ; c’est ce
qu’on appelait "faire la rouésou" ou "la naïade" ou encore
"la soupe jaune".
- La Saint- Jean:
Le culte du feu (ou du soleil) a
persisté jusqu’à nous. Les feux de la Saint-Jean et la bûche
de Noël ne sont pas autre chose qu’un reste des anciennes fêtes
célébrant le plus long jour de l’année et le plus
court.
Ces usages se retrouvent chez tous les peuples ; les Romains allumaient
la veille de la Saint-Jean des monceaux de chaume, ils appelaient ces fêtes
"Palilies". Comme nos villageois, ils disaient des prières, faisaient
des danses autour et sautaient trois fois à travers la flamme.
Ces fêtes ont encore un caractère
religieux ; à la Saint-Sulpice, le clergé vient bénir,
la veille de la Saint Jean, le feu de joie établi sur place. Ce
n’est du reste pas tant le jour de la Saint-Jean que la veille qui est
le jour de coutumes particulières.
La veille de la Saint-Jean, avant le lever du
soleil, on suspendait à la porte de la bergerie une plante appelée
dans le pays "beau loup" (bouillon blanc) et de grandes herbes qu’on
trouvait dans les buissons, nommées herbes de Saint-Jean ; cela
préservait le troupeau du loup.
On passait aussi dans le feu de joie une branche
de caure (coudrier), en disant :
-Guesse, guesse, mon maille,
-Que touté la panouillaille ?
-Fasant lé bouéssaille
-Produis, produis, mon millet,
-Que tous tes épis ?
-Fassent le boisseau.
Puis on allait planter la branche dans le champ de millet.
Ces feux, du reste, s’allumaient en d’autres
circonstances, notamment à l’occasion des réjouissances publiques
; ils remplaçaient nos modernes feux d’artifice. A Lussac, le 8
juillet 1607, on fit des feux de joie pour la naissance du duc d’Orléans.
- Noël :
Il ne faut pas entrer dans l’écurie des
bœufs vers minuit, la veille de Noël, sous peine de mort, parce que
les animaux causent entre eux et ne veulent pas être entendus. On
raconte qu’un esprit fort ayant voulu enfreindre cette coutume, malgré
les conseils de ses voisins entendit un des bœufs disant : « Que
ferons-nous demain ? » A quoi les autres répondirent
: « Nous porterons notre maître en terre. » Et
de fait, le curieux mourut le lendemain subitement. (Cf
le conte "La nuit où les bêtes parlaient")
A la même heure, la plupart des dolmens
vont boire à la rivière : la pierre Virdouaire à Arnac,
le dolmen de Maillasson à Saint-Sulpice. (Cf
le conte "La pierre Virdouaire"). Pour le premier on racontait qu’un
trésor était enfoui à ses pieds et qu’il fallait saisir
le moment où il était à la rivière pour s’en
emparer.
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| USAGES RELIGIEUX : | retour |
| LE MERVEILLEUX : | retour |
- Les loups-garous, dont le nom signifie
qu’il faut s’en garer ou garder, tenaient une large place dans les croyances
populaires. C’était, disait-on, des sorciers qui, à certaines
époques de l’année, se changeaient en bêtes et couraient
la campagne pour dévorer les passants attardés. (Cf
le conte "La légende du loup")
Suivant la légende, la dame ou marquise
d’Oreix exerçait cette industrie sur la grand-route de Paris à
Toulouse où elle arrêtait les voyageurs. Non loin de là,
au gué de la Vaudoue, entre les Brosses-Chantaud et le Branle, on
signale la présence, à minuit, du seigneur de Lubignac, sous
la forme d’un animal fantastique à pelage blanc.
- Les "châtains" (feux follets) étaient des âmes qui revenaient : quand on en rencontrait un, il fallait avoir le courage de lui dire : "Accompagne-moi jusqu’à ma porte ", et on devait lui donner quelque chose, mais pas une épingle qui l’aurait piqué : le lendemain on aurait trouvé à sa porte une mare de sang.
| DANSES ANCIENNES : | retour |
- Dans la commune d’Arnac, nous avons retrouvé deux de ces
anciennes danses qui sont encore usitées quelquefois. Leur
rythme est bien celui des autres vieilles danses qui nous ont été
conservées. L’une d’elles, à laquelle un pas de polka a été
adapté, a dû être modernisée au cours du XIXè
siècle.
- Pour la ChèvreBure (brune),
le nombre de danseurs est illimité : danseurs et danseuses se placent
en face les uns des autres et frappent dans leurs mains en sautant d’un
pied sur l’autre pendant quatre mesures, puis chaque couple s’accroche
par le bras et tourne sur place.
- La Traversade se danse par
deux couples enlacés se faisant vis-à-vis : pas de polka
pendant quatre mesures ; à la cinquième, les couples se séparent
et les danseurs se croisent. Cette danse est appelée la Carrade
à Saint-Maurice. La promenade en rond que l’on fait trois fois,
une branche à la main, autour des feux de Saint-Jean, doit se rattacher
aux anciennes danses.