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La grande porte est percée dans la muraille Sud, la petite, dans
la muraille Ouest. La première est décorée de chaque
côté par trois colonnettes à chapiteaux ornés
de crochets rappelant le mode corinthien; de ces chapiteaux partent des
archivoltes formant l’ogive. Au-dessus, deux corbeaux de pierre indiquent
qu’un auvent précédait cette porte.
Tout autour de l’église règne une couronne de modillons,
les uns frustres, les autres à figures humaines.
L’intérieur de l’église est divisé en cinq travées
par des colonnes appliquées sur les murs et réunies par des
arcs doubleaux ; quatre travées sont voûtées par des
croisées d’ogive. La retombée des arceaux et des arcs doubleaux
repose sur les chapiteaux des colonnes qui sont flanquées de chaque
côté de figures grotesques.
Le mur Nord est aveugle celui du Sud est percé de trois fenêtres
en plein cintre plus étroites vers l’extérieur et fort élevées
au-dessus du sol. Au chevet se trouve une ouverture ogivale.
Sur la première travée, à l’Ouest, s’élève
un massif clocher carré supporté à l’intérieur
par deux arcs en ogives perpendiculaires à l’axe de l’église;
celui du Sud présente cette particularité d’avoir ses deux
branches inégales, peut-être par suite d’un tassement. Ce
clocher est contrebuté par de puissants contreforts; il est percé
de quatre fenêtres ogivales et surmonté d’une flèche
aiguë couverte d’ardoise.
Bien probablement pendant les guerres anglaises, on mit cette église
en état de défense: on l’entoura de murailles sur lesquelles
s’appuyèrent plus tard des maisons et, de chaque côté,
sur les contreforts du milieu, on construisit des échauguettes cylindriques,
crénelées et percées d’archères.
Une sorte de tour carrée à base légèrement
pyramidale, qui existe encore, permettait d’entrer dans cette enceinte;
elle est percée de deux portes: une petite, carrée, de 0m50
de large; une grande, ronde, de 1m40 de large. L’état de la construction
démontre qu' il n’y avait ni pont-levis ni herse. Les gonds sont
encore visibles à l’intérieur et derrière la grande
porte se trouvent des encoches destinées à recevoir une barre
de sûreté.
Ces deux portes donnent accès à un porche voûté
en berceau, à droite et à gauche duquel se trouvent pratiquées
dans l’épaisseur du mur, et à 1m du sol, deux niches disposées
avec banquettes de chaque côté comme le sont les fenêtres
des châteaux du moyen âge. ElIes mesurent 1m40 de haut sur
1m05 de large chacune pouvait abriter deux hommes assis.
Ce portail est couronné de créneaux et de mâchicoulis
restaurés il y a une trentaine d’années.
Cet ensemble est désigné dans les documents sous le nom
de fort *.
* Un document du XVe siècle, que nous signalons plus loin, dit
que ce que l’on appelle “ fort ” à Lussac n’est autre que l’église
fortifiée au temps des guerres anglaises.
Cette église était placée autrefois sous l’invocation
de Saint-Julien-de-Brioude ; actuellement elle est sous le patronage de
Saint-Martial. Elle était à la présentation du prévôt
de Saint-Benoit-du-Sault.
Le curé, ne possédant pas les grosses dîmes de
la paroisse, était à portion congrue que lui payaient les
décimateurs; le prieur notamment devait lui fournir le pain, le
vin et le luminaire nécessaire au service, ainsi que l’huile pour
la lampe. (B., 268).